Conseils de lecture

Cartel, La suite de La griffe du chien

La suite de La griffe du chien

Seuil

23,50
par (Libraire)
10 janvier 2017

théâtre d'horreur

Suite chronologique à "la Griffe du chien", "Cartel" suit au plus près une décennie (2004-2014) d'histoire du trafic de drogue au Mexique, de ses protagonistes et de ses victimes. La décennie où après le 11 septembre, les USA décident d'appliquer contre le narcotrafic le même mode opératoire que contre le terrorisme.
La documentation est impeccable, et la forme romanesque insuffle de l’humanité dans cette stupéfiante litanie de violence. Si quasiment seul Art Keller, l'agent plus que border line de la DEA parvient vivant au bout des 700 pages du roman, Don Winslow n'oublie pas que quelques femmes et hommes dépassent leur peur, se révoltent et luttent contre ce déchaînement incontrôlé de cruauté; mais elles ne semblent échapper à la mort que par l'ironie du hasard. Car les causes politiques, historiques et économiques de l'engrenage des tueries sont clairement nommées, et s'allient à de bien humaines passions pour créer ce terrifiant et baroque théâtre d’horreur que mettent en œuvre narcotrafiquants, politiciens et « forces de l'ordre » autour de la frontière américano-mexicaine.
Le livre, dans son rythme et le découpage des scènes, emprunte à ce que les séries tv américaines ont produit de meilleur ; et malgré l'accumulation de malheur, impossible de le lâcher.


Ces instants-là
24,00
par
30 septembre 2014

Voilà un livre d'une beauté qui s'insinue dans le lecteur à chaque page, à chaque ligne. Un livre qui vous vrille le coeur et l'esprit.Nous sommes au Nord de la Norvège et la narratrice revient sur des moments de sa vie. La période de son enfance quand elle entre au collège et où d'emblée elle dit la haine qu'elle éprouve pour son père. Une mère qui ne dit mot, une petite soeur souriante. Et elle qui voudrait savoir que faire de sa vie. Mais il y a la gaucherie de l'adolescence, et une certaine timidité qui font d'elle une mère avant l'heure. Les études arrêtées puis reprises : elle devient institutrice et se marie. Elle prend confiance en elle ou plus exactement l'acquiert entre ses lectures et ses crises d'une forme d'épilepsie qui lui permettent paradoxalement de gagner en détermination. Et des états où inconscient et conscience se chevauchent, elle en tire une force. Elle se construit, s'affirme, reconnaît ses erreurs mais va au bout de son projet d'écriture. Elle peut laisser son travail et se consacrer uniquement à l'écriture. Mais il y a des sacrifices et des dommages collatéraux. Et tous ces instants intenses, tristes, beaux, où surgissent des questionnements mais aussi des sourires, du féminisme et un hommage à Simone de Beauvoir sont écrits dans un style court qui nous transperce. Il y a une vraie pudeur, une manière de suggérer qui donnent une âme à ce livre. Celle d'Herbjørg Wassmo.

Une lecture magnifiquement bouleversante !


Bain de lune

Sabine Wespieser

20,00
par (Libraire)
23 août 2014

Une voix s'élève

« Bain de lune » est le roman de la terre d'Haïti, d'une beauté insoupçonnable et enivrante, un mélange de pureté et de violence confondues... La terre est chantée dans une prose poétique rare. C'est elle qui fait survivre les paysans, incessamment malmenés par les puissants et les despotes, par les intempéries rudes et tragiques... Ils y puisent leur force, leur survie mêlées de croyances ancestrales et de divinités vaudou bienveillantes.
Comment échapper à cette destinée de pauvreté, à ces liens familiaux pesants, au totalitarisme galopant sur plusieurs décennies ?
Une voix s'élève dans le silence de la nuit éclairée de la lune mutique et observatrice et dit le malheur de son peuple et le chante durablement... C'est beau, très beau.


L’amour et les forêts
21,90
par (Libraire)
22 août 2014

Une admiratrice qui persuade un écrivain de la rencontrer, pour débuter un roman, ça laisse ouverts tous les possibles.Ici s’ensuivront sur quelques années deux rendrez-vous à terrasse de café, quelques lettres, appels téléphoniques ou échanges de sms, avant le silence définitif de Béatrice Ombredanne.
C'est assez de zones d'ombre pour convaincre l'écrivain de se plonger dans la face obscure de la vie de Béatrice. Au contraire de beaucoup des abruptes héroïnes de ses livres précédents, c'est le portrait d'une femme écrasée que nous donne Eric Reinhardt. ; victime de son mari, tyran domestique et pervers narcissique, toxique et manipulateur sous ses atours normaux. Mais Béatrice est aussi victime du jeu de la représentation sociale, de ses illusions tenaces et de ses rêves bafoués.


Dernier chapitre

Lambert-Ullmann, Gérard

Joca seria

14,00
par (Libraire)
20 mars 2014

Nous libraires sommes souvent questionnés par les clients sur notre métier. Avec envie pour les romantiques, avec apitoiement pour ceux qui réagissent aux jérémiades périodiques de la profession.
Des coups de tabac, Gérard Lambert, qui a tenu la barre de Voix au chapitre à Saint-Nazaire pendant 18 ans, en a essuyé plus d'un, jusqu'au dernier qui fut fatal à la librairie. Mais dans la catégorie des "petits" libraires que les "gros" libraires et éditeurs regardent avec commisération, Gérard Lambert est un des meilleurs ; beaucoup dans la profession redoutaient les philippiques grand style qu'il écrivait volontiers quand on lui grattouillait un peu trop la couenne. Aussi est-ce un vrai plaisir de le lire à nouveau dans cette série de vignettes, où sa gouaille de moraliste anarcho-syndicaliste fait merveille pour décrire le quotidien du métier. Il y a du Chamfort chez cet homme ! ;) l'humour en plus - et l'Académie en moins.